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Un potentiel inexploité ? Recommandations pour une irrigation plus judicieuse en Afrique

Des décideurs de haut niveau se réunissent à Rabat, au Maroc, à l’occasion du Forum Malabo Montpellier qui aura lieu le 17 décembre 2018. Le Forum – co-présidé par le Très Honorable Dr. Saulos Klaus Chilima, Vice-Président de la République du Malawi et Son Excellence M. Abdoulaye Bio-Tchané, Ministre d’État chargé de la Planification et du Développement de la République du Bénin – crée un espace de dialogue et d’échange sur les questions d’importance stratégique pour l’agriculture africaine, la nutrition et la sécurité alimentaire.

L’attention du monde entier a été portée sur les impacts du changement climatique ce mois-ci avec la 24ème Conférence des Parties (COP24) de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui a eu lieu à Katowice, en Pologne. Alors que le continent connaît des sécheresses prolongées et des inondations imprévisibles, le besoin urgent d’une gestion ingénieuse et efficace des ressources en eau et des systèmes d’irrigation est devenu évident. Pour aider les décideurs à répondre à ce besoin, les discussions du Forum Malabo Montpellier sont guidées par le dernier rapport du Panel,Utilisation judicieuse de l’eau : des stratégies d’irrigation intelligente pour l’Afrique. Le rapport montre que malgré un potentiel d’augmentation de l’irrigation en Afrique qui s’élève à 47 millions d’hectares, seules 6 pour cent des terres arables du continent sont actuellement irriguées. Pour faire en sorte que les pays africains exploitent cet énorme potentiel, le Panel Malabo Montpellier a formulé neuf recommandations visant à améliorer l’irrigation sur le continent en s’inspirant des dispositions institutionnelles, des politiques, de la réglementation et des interventions qui se sont révélées efficaces sur le terrain dans plusieurs pays africains.

Accorder la priorité à l’innovation en matière de politiques

Pour atteindre les objectifs fixés dans la Déclaration de Malabo et les Objectifs de Développement Durable, l’irrigation doit devenir une politique prioritaire et une priorité d’investissement à long terme. L’irrigation étant inscrite au programme politique de son gouvernement depuis 1991, l’Éthiopie est un bon exemple de l’impact positif que la coordination du secteur public et les investissements dans l’irrigation peuvent avoir sur la productivité agricole et la croissance économique. Entre 2002 et 2014, les terres irriguées de l’Ethiopie ont augmenté de 52 pour cent, ce qui en fait le pays qui a connu la croissance la plus rapide en termes de développement de l’irrigation sur le continent.

La croissance rapide de l’irrigation en Éthiopie a été soutenue par le gouvernement à travers une allocation de 7,5 milliards de dollars US au développement de l’irrigation jusqu’en 2020. Le réseau spécialisé d’institutions éthiopiennes – avec des engagements clairs et des missions bien établies en matière de développement de l’irrigation, sous la coordination du Ministère de l’Eau, de l’Irrigation et de l’Electricité – a contribué à garantir que cet investissement génère les bénéfices souhaités. Les agriculteurs éthiopiens ont pu obtenir une diminution de la variabilité saisonnière de la productivité, des rendements agricoles plus élevés et des revenus plus élevés, grâce aux politiques gouvernementales de priorisation de l’irrigation.

Le gouvernement sud-africain, quant à lui, a montré son engagement en termes d’irrigation, d’utilisation rationnelle de l’eau et de maintenance des systèmes de drainage, à travers des innovations politiques parmi les plus efficaces au monde. En 2015, la Direction de l’Utilisation de l’Eau et du Développement de l’Irrigation a lancé une nouvelle Stratégie d’Irrigation pour l’Afrique du Sud, qui fournit des orientations pour la réforme institutionnelle et des directives sur les investissements publics dans les initiatives d’irrigation. La stratégie d’irrigation fixe comme objectif une augmentation de plus de 50 pour cent des terres irriguées en Afrique du Sud au cours des 10 à 20 prochaines années grâce à une redynamisation des systèmes d’irrigation des petits exploitants à travers le pays. Le soutien institutionnel au développement et à la maintenance des systèmes d’irrigation et de drainage a favorisé l’émergence de 250.000 responsables de l’irrigation sud-africains, parmi lesquels, 32.000 petits exploitants.

Leçons pour le progrès intercontinental

Les progrès réalisés par l’Éthiopie et l’Afrique du Sud doivent être développés et reproduits sur l’ensemble du continent. Toutefois, des politiques et des innovations technologiques appropriées sont nécessaires de toute urgence pour maintenir l’utilisation actuelle de l’eau. Si la gestion des ressources en eau reste inchangée, plus de la moitié de la population africaine n’aura pas accès à l’eau potable d’ici 2030. Moins de 2% des terres irriguées en Afrique utilisent des eaux usées traitées, ce qui suggère un énorme potentiel inexploité. Une réglementation judicieuse de l’utilisation de l’eau – notamment, des structures de tarification permettant de sécuriser et d’économiser les ressources en eau – devrait donc s’accompagner d’incitations à promouvoir la diffusion de technologies pour l’utilisation des eaux usées traitées. En outre, pour réduire au minimum tout impact négatif sur l’environnement causé par l’introduction de nouveaux systèmes et nouvelles technologies d’irrigation, les pays africains devraient promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables au moyen de technologies telles que les pompes d’irrigation à énergie solaire.

Des informations plus détaillées sur les innovations institutionnelles les plus importantes et les interventions politiques ou programmatiques liées à l’irrigation en Ethiopie et en Afrique du Sud peuvent être trouvées dans le rapport Irrigation judicieuse du Panel Malabo Montpellier, qui présente des études de cas de sept pays : l’Ethiopie, le Kenya, le Mali, le Maroc, le Niger, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Les précieuses données probantes, les connaissances et les enseignements, fournis par le rapport, aideront les décideurs de haut niveau à concevoir des politiques éclairées dans le but de promouvoir les bonnes pratiques en matière d’irrigation, lesquelles pourront, à leur tour, accélérer la transformation de l’agriculture et la croissance économique à travers l’Afrique.