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Des solutions intelligentes face au climat pour l'agriculture africaine

Selon le dernier rapport du Groupe Inter-gouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEV), publié en octobre 2018, nous n’avons que 12 ans pour transformer nos systèmes énergétiques et alimentaires de manière à limiter les impacts irréversibles du changement climatique. Le temps presse et, pour compliquer les choses, la population africaine devrait doubler d’ici 2050. Avec un nombre sans cesse croissant de bouches à nourrir et le changement climatique rapide auquel il faut faire face, la pression sur les ressources naturelles et les systèmes agricoles de l’Afrique n’a jamais été aussi forte. Nous devons révolutionner le secteur pour faire en sorte que tous les producteurs de denrées alimentaires, qu’il s’agisse de petits exploitants ou d’agriculteurs commerciaux, adoptent des pratiques durables et un comportement plus judicieux face au changement climatique.  

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Au vu des informations saisissantes sur le changement climatique et la croissance démographique, il est facile de se sentir dépassé ou vaincu, mais tout n’est pas perdu. Au WWF, avec le soutien de nos partenaires, nous encourageons les initiatives d’intensification durable et d’agriculture intelligente face au climat, que nous avons l’intention de développer à travers le monde. Nous appelons les gouvernements et le secteur privé à gagner du temps en investissant dans ces solutions qui ont fait leurs preuves dans l’économie du changement climatique. Trois domaines critiques de l’agriculture intelligente face au climat devraient faire l’objet d’investissements : la préservation de la biodiversité, l’utilisation rationnelle de l’eau et l’énergie renouvelable.

Préservation de la biodiversité

A l’heure actuelle, l’agriculture est la plus grande menace pour notre monde naturel – c’est la forme la plus commune d’utilisation des terres et la cause majeure de la déforestation. Le  Rapport Planète Vivante 2018 du WWF révèle que la surpêche a entraîné le déclin critique de 93% de tous les stocks de poissons. Le système alimentaire est responsable de 70% de la perte de biodiversité. Au WWF, à l’instar du Panel Malabo Montpellier, nous visons à rassembler les parties prenantes de l’ensemble du système alimentaire pour assurer la sécurité alimentaire et, dans le même temps, sauvegarder l’écosystème dont dépend la production alimentaire humaine. La production alimentaire durable repose sur la protection des forêts et autres habitats, ainsi que sur des efforts proactifs pour réintroduire la nature dans les paysages agricoles. Chaque nation doit mettre en place des systèmes de production alimentaire durables pour être en mesure de nourrir sa population croissante.

L’amélioration de la santé des sols dégradés et la formation des petits exploitants agricoles en agriculture de conservation peuvent également avoir des avantages durables pour la biodiversité et la sécurité alimentaire. Par exemple, en République Démocratique du Congo (RDC), au Zimbabwe et dans mon propre pays, la Zambie, le WWF travaille avec des milliers d’agriculteurs pour accroître la productivité alimentaire à travers la promotion de la formation en agriculture de conservation et les services de vulgarisation. En RDC, notre travail est réparti sur un réseau de fermes modèles partenaires et de fédérations agricoles nationales. Le programme porte sur la nécessité de protéger l’environnement naturel et aide à mettre fin aux pratiques nocives telles que l’agriculture itinérante sur brûlis et la conversion incontrôlée de forêts importantes. Pour mettre en œuvre efficacement de tels changements et préserver la biodiversité, nous devons réunir les communautés rurales, le secteur privé et les gouvernements, afin d’élaborer des approches d’une agriculture axée sur le paysage qui atténueront les pressions exercées sur la nature.

Utilisation rationnelle de l’eau

La question mondiale de la sécurité en eau, en particulier dans le contexte du changement climatique, est bien réelle. Les inondations et les sécheresses ne font plus figure d’exception, mais de norme. La pénurie d’eau n’est pas seulement une menace pour la sécurité alimentaire, mais aussi pour la sécurité nationale – s’il n’y a pas assez d’eau pour alimenter des activités économiques clés comme l’agriculture, c’est la porte ouverte à l’instabilité sociale et politique. Pour prévenir les crises multiples, nous devons travailler à l’utilisation rationnelle de l’eau et envisager d’investir dans des technologies qui nous aideront à conserver nos ressources en eau douce et à recycler les eaux usées pour alimenter une économie circulaire respectueuse de l’environnement.

Le prochain rapport du Panel Malabo Montpellier – Utilisation judicieuse de l’eau : des stratégies d’irrigation intelligente pour l’Afrique – qui doit être lancé le 17 décembre 2018 lors du prochain Forum à Rabat, au Maroc, détaille certaines méthodes dont les agriculteurs africains disposent pour améliorer l’utilisation rationnelle de l’eau et commencer à aborder les questions de durabilité de l’eau. Par exemple, les déversoirs d’épandage recueillent les eaux de crue et répartissent les eaux de ruissellement dans les champs de manière à permettre une infiltration optimale du sol. De plus, la plupart de nos forêts fournissent les bassins qui préservent les sources d’eau, c’est pourquoi le WWF plaide pour que les principales forêts et sources d’eau douce soient déclarées aires protégées.

L’agriculture utilise la majorité des ressources en eau douce, de sorte que l’augmentation de l’efficacité des systèmes alimentaires contribuera à son tour à améliorer l’utilisation rationnelle de l’eau. Actuellement, environ un tiers des aliments produits sont perdus dans la chaîne d’approvisionnement ou tout simplement jetés. Si nous nous penchons sur la réduction de ce gaspillage alimentaire, nous éviterons également le gaspillage inutile de l’eau. 

Energie renouvelable

Pour enrayer la hausse des températures mondiales, nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). L’agriculture étant le secteur qui émet la plus forte proportion de GES dans l’atmosphère, les leaders de l’agriculture ont la responsabilité de veiller à ce que l’utilisation de l’énergie par le secteur soit adaptée rapidement de manière à passer des combustibles fossiles aux énergies propres et renouvelables. Sans oublier, toutefois, dans ce processus, de répondre aux besoins des groupes les plus pauvres de nos communautés qui dépendent largement des forêts pour leur énergie. Nous avons la technologie nécessaire pour approvisionner tous les habitants de la planète en énergie renouvelable, mais nous devons investir dans les infrastructures nécessaires pour promouvoir l’utilisation de formes d’énergie propres et alternatives. De tels investissements seront profitables à la fois pour les populations et pour l’environnement.

En Ouganda, la Champion District Initiative s’est efforcée d’améliorer l’accès à l’énergie propre en mobilisant les parties prenantes locales au niveau du district pour aider à connecter les communautés hors réseau aux sources d’énergie renouvelables. D’ici 2020, l’initiative vise à permettre à l’ensemble du district de Kasese – plus de 130.000 ménages – d’accéder à une énergie propre pour répondre à 100% des besoins domestiques, des besoins de production et des besoins de la vie sociale. Des projets spécifiques à un contexte comme celui-ci sont nécessaires pour transformer la consommation d’énergie en Afrique et réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Coopération internationale

Alors que les dirigeants et les décideurs mondiaux se réunissent cette semaine à Katowice, en Pologne, à l’occasion de la 24ème Conférence des Parties de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le rôle de l’agriculture dans l’atténuation des changements climatiques sera certainement l’une des priorités. Pour s’attaquer au problème mondial du changement climatique, il convient de mettre en place une coopération et une action mondiales, en particulier en ce qui concerne la transformation nécessaire de nos systèmes alimentaires. L’ampleur du défi climatique ne doit pas susciter le désespoir, mais plutôt inspirer un mouvement mondial, caractérisé par la vaste adoption d’un ensemble essentiel de pratiques et de technologies éprouvées et évolutives, adaptées au contexte, qui protègent l’environnement et assurent la sécurité alimentaire. Pour améliorer l’adoption de ces pratiques et technologies – notamment, les solutions intelligentes en matière de préservation de la biodiversité, d’utilisation plus rationnelle de l’eau et d’utilisation durable de l’énergie – les initiatives doivent répondre aux besoins des communautés et des pays où elles sont mises en œuvre.