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Le secteur agroalimentaire africain peut-il libérer le plein potentiel de la blockchain?

L’année 2019 sera consacrée à la numérisation de l’agriculture. Le Forum pour l’alimentation et l’agriculture (GFFA) – qui s’est tenu la semaine dernière à Berlin sur le thème « l’agriculture passe au numérique - des solutions intelligentes pour l’agriculture de demain » – et  le Forum 2019 de la révolution verte en Afrique – qui s’est déroulé en septembre – semblent orientés vers le même objectif. Le communiqué des ministres du GFFA stipule que : « Nous, ministres de l’agriculture réunis à l’occasion du GFFA 2019, visons à utiliser le potentiel de la numérisation pour accroître la production et la productivité agricoles, tout en améliorant la durabilité et l’utilisation efficace des ressources, l’emploi et les possibilités entrepreneuriales. »

Blockchain

La technologie Blockchain est née de l’enthousiasme suscité par l’agriculture numérique. Elle se présente comme une solution permettant d’améliorer l’efficacité, la durabilité et la traçabilité dans les chaînes d’approvisionnement agricoles. Blockchain permet le chiffrement des données dans un registre numérique afin de s’assurer que l’information ne sera pas modifiée. Mais est-ce vraiment la solution miracle qui a été promise ?

La réponse courte est non, il n’existe pas de solution miracle pour la transformation de l’agriculture – mais Blockchain pourrait être un des catalyseurs de cette transformation. Cependant, la nature numérique de Blockchain exige une bonne qualité et une bonne vitesse de connexion Internet, ainsi que l’expertise et les connaissances nécessaires pour utiliser des technologies qui reposent sur des registres codés. Dans la plus grande partie de l’Afrique rurale, les infrastructures et les capacités ne sont pas encore en place pour faciliter l’utilisation de la technologie Blockchain le long des chaînes de valeur agricoles. Néanmoins, les grandes entreprises technologiques aussi bien que les start-ups explorent les possibilités d’améliorer la chaîne d’approvisionnement alimentaire par l’intermédiaire Blockchain.

Suivre les produits alimentaires de la ferme à l’assiette

Un certain nombre d’entreprises et d’initiatives utilisent la technologie Blockchain pour améliorer la transparence et l’enregistrement des données. Par exemple, AgriLedger, une entreprise sociale lancée à Londres en 2016, utilise un registre numérique non modifiable pour enregistrer le trajet des produits tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Cette technologie garantit non seulement l’authenticité et la qualité des produits, mais permet également aux agriculteurs de conserver un registre sécurisé de leurs transactions commerciales, ce qui leur facilitera l’accès aux services financiers. De même, Provenance utilise Blockchain pour retracer les produits de la pêche à la ligne certifiée depuis les producteurs d’Asie du Sud-Est jusqu’à plus de 200 détaillants sur les marchés japonais, britannique et américain.

En Afrique, Bext360 a développé une machine qui analyse et classe la qualité des grains de café dès qu'ils sont récoltés et saisit les données sur Blockchain. L’acheteur peut alors consulter ces informations et effectuer un paiement instantané aux agriculteurs. Cependant, les agriculteurs doivent d’abord faire confiance à la technologie et, pour ce faire, ils doivent avoir une compréhension de base de son fonctionnement. Henk van Cann, co-fondateur de Blockchain Workspace – une organisation néerlandaise qui dispense une formation de familiarisation avec la technologie Blockchain – mise sur un apprentissage rapide des agriculteurs. Cependant, « les agriculteurs des zones rurales d’Afrique, par exemple, doivent disposer d’un téléphone mobile pour exploiter ce [potentiel de la technologie Blockchain] » explique M. Cann.

Avec 444 millions d’abonnés mobiles en Afrique sub-saharienne, selon le Rapport GSMA 2017, la possibilité que les agriculteurs puissent exploiter la technologie Blockchain semble tout à fait réalisable. Cependant, pour que les transactions des agriculteurs puissent être téléchargées dans le registre, ces derniers doivent disposer d’un accès à l’Internet, or seuls 38% des utilisateurs de téléphones mobiles en Afrique sub-saharienne étaient connectés au réseau mobile à haut débit en 2017. Malgré les carences actuelles en termes d’infrastructure numérique, les progrès vont dans la bonne direction et d’ici 2025, la GSMA prévoit que 87% des utilisateurs mobiles de la région seront connectés à l’Internet mobile.

De toute évidence, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer les capacités humaines et infrastructurelles et ainsi exploiter pleinement le potentiel de la technologie Blockchain dans le système alimentaire. Néanmoins, l’industrie a déjà commencé à saisir les opportunités et à investir dans le développement de solutions agricoles utilisant cette technologie.