Communiqués de presse

Le Sénégal parmi les bons élèves en matière de lutte contre la malnutrition en Afrique selon le dernier rapport du Panel Malabo Montpellier

COMMUNIQUE DE PRESSE

Dakar le 15 février 2018 : De nombreux pays africains, dont le Sénégal, le Ghana et l’Ethiopie, ont réussi à fortement à réduire la malnutrition au cours des 15 dernières années. Des réductions significatives entre 40 et 60%. Ces progrès, entrainés en partie par des actions et interventions de politique, montrent que la lutte contre la malnutrition en Afrique peut être gagnée, un fait que confirme le dernier rapport du Panel Malabo Montpellier.

Le rapport sera officiellement lancé au Sénégal jeudi 22 février 2018 de 14h30 à 18h00 au Radisson Blu. A cette occasion une conférence sous le thème Comment mieux nourrir l’Afrique sera organisée conjointement avec la Cellule de Lutte contre la Malnutrition (CLM) et HarvestPlus, un programme du Consortium CGIAR - facilité par l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires- pour l’amélioration de la nutrition et de la santé. La conférence- débat sera suivie d’un point de presse.

Le rapport « Mieux Nourris : Comment l’Afrique peut-elle construire un futur sans faim ni malnutrition » publié par le Malabo Montpellier Panel, un groupe d’éminents experts africains et internationaux en sécurité alimentaire, analyse les décisions et actions de politique et interventions institutionnelles et programmatiques qui ont contribué à des réussites en matière de nutrition et tire des enseignements à l’intention des décideurs politiques, donateurs et autres intervenants.

Le co-président du Panel, Dr. Ousmane Badiane, a déclaré : « De nombreux progrès ont été accomplis, ce qui est encourageant. Cependant, des défis significatifs doivent encore être relevés. Pour atteindre les objectifs établis dans la Déclaration de Malabo et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, les gouvernements doivent apprendre de leurs réussites passées et redoubler d’efforts pour s’attaquer au triple fléau de la faim, de la malnutrition et de l’obésité sur le continent. Le rapport montre clairement que les progrès sont possibles. »

A travers l’Afrique, la proportion de populations qui souffrent de la faim a baissé de 28% à 20% entre 1990 et 2015, bien que le nombre total continue à augmenter en raison de la croissance rapide de la population. Certains pays ont réalisé des progrès remarquables. Le Sénégal, le Ghana et le Rwanda, ont tous réduis le nombre de personnes souffrant de malnutrition et le nombre d’enfants souffrant de retard de croissance de plus de 50%. L’Angola, le Cameroun, l’Ethiopie et le Togo, ont atteint des réductions de plus de 40%.

Le Sénégal dans le peloton de tête en matière de lutte contre la malnutrition

Entre 2000 et 2016, le Sénégal a réalisé des progrès remarquables dans la réduction de la malnutrition. Son score GHI (Indice de faim dans le monde publie par l’IFPRI) a chuté de 38 en 2000 à 17 en 2016. La prévalence du retard de croissance a baissé de 30 pour cent à 19 pour cent dans la même période. Ces améliorations en nutrition ont été entraînées en grande partie par un engagement institutionnel et programmatique significatif du gouvernement Sénégalais.

Un engagement institutionnel

En se basant sur l’expérience du Programme de Nutrition Communautaire (1994–2000, la Cellule de Lutte contre la Malnutrition (CLM) a été créée en 2001 sous la coupole de la Primature. Elle apporte un soutien technique dans la définition et la mise en œuvre de la politique nationale de nutrition. La CLM coordonne ses activités avec sept Ministères – Santé, Education, Economie et Finance, Décentralisation, Commerce, Industrie et Agriculture – et l’Association Nationale des Conseillers Ruraux et les organisations de la société civile.

Un engagement programmatique

En 2002, le Programme de Renforcement de la Nutrition (PRN) a été lance par la CLM. Le programme vise à améliorer le statut nutritionnel et le développement sain des enfants de moins de cinq ans vivant dans les zones urbaines ou rurales pauvres du Sénégal, et à renforcer les capacités institutionnelles et organisationnelles de mise en œuvre et d’évaluation des interventions de nutrition. En 2006, une évaluation de l’impact du PRN a été réalisée en analysant les taux de malnutrition entre 2004 et 2006 dans des villages des régions de Fatick, Kaolack et Kolda et dans le cadre du programme PRN. L’évaluation a montré qu’entre 2004 et 2006 les taux de malnutrition ont baissé de manière significativement plus élevée dans les villages d’intervention (-34 pour cent) que dans les villages de contrôle (-21 pour cent).

Un autre programme, Yaajeende (Abondance), développe depuis 2011 des variétés fortifies de mil, de haricots et de patate douce, pour traiter les déficiences en micronutriments, y compris le fer, le zinc et la vitamine A. Yaajeende fonctionne dans les régions de Matam, Bakel et Kédougou depuis 2011 et a été introduit à Kolda en 2014. Il promeut également l’adoption d’une agriculture de préservation et des techniques de gestion durable des terres. L’évaluation à mi-parcours de Yaajeende a conclu que les ménages et individus vivants dans les zones d’intervention du projet ont connu plus d’améliorations dans leurs indicateurs de statut nutritionnel que ceux résidant dans les zones non concernées.

Des tendances toutes aussi encourageantes dans la sous-région

Au Nigéria, par exemple, les niveaux de sous-nutrition ont été réduits entre 2000 et 2016. L’Indice de la faim dans le monde a baissé de 41 à 26 (équivalent à 38 % de changement) et la prévalence du retard de croissance a baissé de 40 % à 33 % sur la même période. Cependant, étant donné la forte population du Nigéria, 33 % représentent un grand nombre de personnes affectées. Dans le même temps, le surpoids et l’obésité ont atteint respectivement à 33 % et 11 %, indiquant que le Nigéria fait face à une prévalence croissante du double fardeau de la malnutrition comme dans beaucoup de pays africains. Les réformes institutionnelles et programmatiques du gouvernement telles que la création de la division nutrition et sécurité sanitaire des aliments du ministère de l’Agriculture et la mise en œuvre d’approches novatrices ont contribué de manière significative à l’amélioration de la situation globale de la nutrition dans ce pays.

Des initiatives privées contribuent aussi à la lutte contre la malnutrition au Nigeria. C’est le cas de HarvestPlus, un programme du Consortium CGIAR coordonné par l’IFPRI qui vise à améliorer la nutrition et la santé parmi les couches vulnérables en promouvant la biofortification en vitamine A et micronutriments des denrées traditionnelles telles que le manioc, le maïs, la pomme de terre le mil et le sorgho, les denrées alimentaires les plus consommées en Afrique.

Malgré ces exemples d’avancées significatives, il reste beaucoup à faire. Les changements démographiques et l’urbanisation ajoutent une pression grandissante sur les systèmes alimentaires, requérant une forte augmentation des rendements et une production d’aliments plus diversifiés et plus nutritifs. La consommation d’aliments peu coûteux et peu nutritifs, ainsi que la réduction de l’activité physique dans la classe moyenne, augmentent les niveaux d’obésité. La prévalence estimée de l’obésité chez les enfants devrait atteindre les 11% en 2025. Les conflits et le changement climatique sont d’autres sérieuses menaces qui retardent les progrès ou inversent les tendances dans la lutte contre la faim et la malnutrition.

Selon S.E. Abdoulaye Bio Tchané, ministre d'État chargé du Plan et du Développement de la République du Bénin : « Sur le continent africain, les pays abordent la question de la malnutrition avec débrouillardise et ingéniosité. Des politiques et programmes ayant réussi à véritablement faire la différence sont en train d'être mises en œuvre. Le Rapport du Panel Malabo Montpellier nous permet d'examiner les enseignements en matière de politiques et de programmes susceptibles de garantir que nous créions l'environnement idéal permettant aux africains de gagner la lutte contre la malnutrition. »

Entre autres recommandations du rapport renseignées par les activités et interventions des pays qui ont le plus de succès dans la réduction de la malnutrition on peut citer :

· Un leadership politique avéré en faveur de la nutrition ;

· L’adoption d’une politique détaillée en nutrition ;

· La mise en place d’un mécanisme de coordination d’un programme cohérent à travers les structures étatiques ;

· L’investissement dans la prévention des crises et les capacités d’intervention d’urgence pour faire face à la menace de conflit et à la réduction de la malnutrition ;

· Le renforcement de la recherche agricole nationale pour étendre la bio-fortification et d’autres types de programmes d’enrichissement par les nutriments ;

· L’autonomisation des groupes de femmes ;

· La création de synergies entre l’agriculture, l’eau, la santé et l’assainissement.

FIN


Pour plus d’informations ou pour demander une copie du rapport « Mieux Nourris : Comment l’Afrique peut-elle construire un futur sans faim ni malnutrition ? » ou pour obtenir une interview avec un membre du Panel, merci de contacter : Hawa Diop, MaMo Panel, H.Diop@cgiar.org ou Katie Ward, di:ga Communications, katie@digacommunications.com