Communiqués de presse

L’expansion de l’irrigation permettrait aux agriculteurs africains de produire deux fois plus de denrées alimentaires, selon un nouveau rapport

Une nouvelle étude du Panel Malabo Montpellier révèle qu’il est possible détendre l’irrigation sur 47 millions d’hectares en Afrique, et ainsi stimuler la productivité agricole, les moyens de subsistance et la croissance économique.

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17 Décembre 2018, RABAT, Maroc – Selon un nouveau rapport, c’est en aidant davantage d’agriculteurs à accéder aux systèmes d’irrigation et à les utiliser que les pays africains pourront atteindre leurs objectifs de réduction de la faim et de promotion de la sécurité alimentaire.

En Afrique, la production alimentaire dépend encore presque exclusivement de l’agriculture pluviale, ce qui rend les agriculteurs et les communautés rurales vulnérables face aux schémas de pluviométrie de plus en plus aléatoires et aux conditions climatiques extrêmes.

Le rapport indique toutefois qu’il existe un vaste potentiel d’intensification de l’irrigation, en particulier en Afrique sub-saharienne, qui permettrait d’accroître les rendements des cultures et d’améliorer la résistance aux chocs climatiques.

Le rapport intitulé Water-Wise: Smart Irrigation Strategies for Africa, [Utilisation judicieuse de l’eau : des stratégies intelligentes d’irrigation pour l’Afrique] lancé aujourd’hui à l’occasion du Forum du Panel Malabo Montpellier, met en avant les réussites de six pays africains dans lesquels l’augmentation des niveaux d’irrigation a permis d’améliorer et de prolonger les récoltes, d’augmenter les revenus et d’améliorer les perspectives des agriculteun analysant les bonnes pratiques appliquées en Éthiopie, au Kenya, au Mali, au Maroc, au Niger et en Afrique du Sud, les auteurs du rapport ont constaté que les rendements des cultures irriguées peuvent atteindre le double ou plus des  rendements des cultures pluviales sur le continent. En outre, on estime que les avantages économiques de l’expansion des superficies irriguées sont deux fois plus importants que les coûts liés au changement climatique.

« Ce rapport montre l’énorme potentiel de l’irrigation pour améliorer la production agricole en Afrique », a déclaré le Très Honorable Dr. Saulos Klaus Chilima, Vice-Président du Malawi et co-président du Forum de Malabo Montpellier, qui présente le rapport à la réunion de Rabat, au Maroc.

« L’analyse montre que nous pouvons tirer des enseignements des expériences de nos voisins sur le continent. Le Malawi s’est engagé à accroître la superficie des terres arables irriguées et a déjà vu les revenus augmenter de 65 pour cent dans les zones où les agriculteurs participent à des programmes d’irrigation. » 

A peine six pour cent des terres cultivées sont actuellement irriguées en Afrique, contre 14 pour cent en Amérique latine et 37 pour cent en Asie. 

Les auteurs du rapport ont trouvé plusieurs points communs entre les pays qui ont connu des progrès significatifs dans l’expansion de l’irrigation. Ils en ont tiré neuf commandations pouvant aider d’autres pays à atteindre les objectifs de sécurité alimentaire et de nutrition fixés par l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et par la Déclaration de Malabo.

Selon le Dr. Ousmane Badiane, co-président du Panel Malabo Montpellier et Directeur Afrique de l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), « il est essentiel de mettre en place des institutions gouvernementales efficaces dédiées à cet effet et d’augmenter de manière significative les financements publics des programmes d’irrigation ». « En outre, les interventions visant à faciliter l’accès au financement et à renforcer les compétences en matière d’exploitation, de réparation et d’entretien des équipements sont quelques-uns des facteurs clés qui ont permis aux pays de réaliser des progrès considérables. »

« Le partenariat avec le secteur privé et les communautés agricoles ainsi que l’amélioration de la réglementation pour une utilisation sécuritaire et durable de l’eau en sont d’autres facteurs déterminants. »

Le rapport met l’accent sur l’argument de rentabilité du développement de l’irrigation, soulignant que dans les régions les plus vulnérables d’Afrique, l’agriculture irriguée permet également aux agriculteurs de prolonger la saison agricole, d’augmenter leur productivité et leurs revenus et d’améliorer leurs moyens de subsistance.

Au Niger, l’un des pays où le rythme d’expansion de l’irrigation est le plus rapide, l’agriculture irriguée parvient à générer jusqu’à 20 pour cent du produit intérieur brut (PIB) agricole.

« Deux choses doivent se conjuguer dans l’irrigation intelligente : premièrement, une technologie robuste qui économise l’eau et l’énergie et qui peut être entretenue à l’échelle locale et, deuxièmement, des organisations locales saines et équitables avec des agricultrices et des agriculteurs qui dirigent eux-même leur irrigation », a déclaré le Professeur Joachim von Braun, co-président du Panel Malabo Montpellier et Directeur du Centre de Recherche pour le Développement à l’Université Bonn, Allemagne.

« Pour garantir ces deux conditions, il convient d’établir des politiques judicieuses et non pas seulement des directives imposées d’en-haut ; ainsi les possibilités de revenus seront attrayantes pour les jeunes ruraux. » 

Les auteurs du rapport ont toutefois réitéré que l’expansion doit être planifiée avec soin afin d’éviter les effets néfastes sur l’environnement et sur la santé humaine.

« Nous devons élever l’irrigation au rang de priorité politique absolue pour la faire passer à l’échelle supérieure en tant qu’élément clé servant à assurer la sécurité alimentaire du continent face à des conditions climatiques plus extrêmes », a déclaré Dr. Agnes Kalibata, ancienne Ministre de l’Agriculture du Rwanda et membre du Panel Malabo Montpellier. « Nous devons multiplier de nouveaux modèles qui mettent l’accent sur l’irrigation dirigée par les agriculteurs pour accroître la résilience des ménages face aux chocs. »

« Que ce soit à petite échelle (et sous la direction des agriculteurs) ou à grande échelle, il est crucial que les systèmes et technologies d’irrigation soutenus par les gouvernements ou le secteur privé soient conçus pour s’adapter aux contextes locaux et répondre aux besoins des petits exploitants agricoles. »

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